Robert Leclerc, Charpentier du Roi

 

Natif de la Normandie, Robert Leclerc, fils de Jacques et Cécile Legrand, fût baptisé le 16 décembre à la paroisse de St-Éloy de Rouen, en Normandie. Sept frères et soeurs de l’ancêtre furent baptisés à la même paroisse. Leurs parents, Jacques Leclerc et Cécile Legrand, s’étaient mariés le 24 octobre 1638, à la même église. Cette église, de style gothique flamboyant et renaissance, est aujourd’hui un temple protestant.

On ne connait pas la date exacte de l’arrivée de Robert en Nouvelle-France; toutefois, on en retrouve une première mention au recensement de 1667 à Québec, où il est dit engagé auprès de Jean Soulard, armurier, comme homme à tout faire. Deux ans plus tard, soit le 25 février 1669, il est confirmé à Beauport, près de Québec.

Notre ancêtre ne fût pas pressé de prendre épouse, malgré l’édit royal du 5 avril 1669 qui enjoignait les célibataires habitants de la Nouvelle-France à contracter mariage sous peine d’amende. Un article des Généalogistes Associés du 23 août 2003 nous en donne une brève description. On peut y lire ce qui suit:

Le 5 avril 1669, le roi signe un édit où il prévoit une amende pour ceux qui ne sentent pas assez tôt l’attrait du mariage :
«…Qu’il soit établit quelque peine pécuniaire, applicable aux hôpitaux des lieux, contre les pères qui ne marieront pas leurs enfants à l’âge de vingt ans pour les garçons et de seize ans pour les filles….»

Le lundi 20 octobre 1670, le Conseil souverain de Québec enregistre l’édit royal dont la réglementation est sévère : il est «…enjoint aux pères de faire déclaration au greffe, de six mois en six mois, des raisons qu’ils pourraient avoir eues pour le retardement du mariage de leurs enfants, à peine d’amende arbitraire….»

Par contre, les garçons qui acceptent de se marier à 20 ans ou moins et les filles qui prendront mari à 16 ans ou moins sont récompensés en recevant chacun, le jour de leurs noces, la somme de 20 livres, «…ce qui sera appelé le présent du roi…».

Les distraits, les célibataires endurcis et les récalcitrants n’échappent pas à la vigilance royale. Les engagés dont le terme de 36 mois est terminé et les «autres personnes qui ne sont plus en puissance d’autrui» reçoivent, le 20 octobre 1670, une mise en demeure stipulant qu’ils devront se marier l’année suivante, au plus tard quinze jours après l’arrivée des navires transportant les filles du roi.

S’ils osent demeurer célibataires, ils ne goûteront pas la liberté qui leur est si chère, car ils seront condamnés à «être privés de la liberté de toute sorte de chasse et de pêche et de la traite avec les Sauvages, et de plus grande peine si nécessaire.» Cette dernière menace vise surtout les coureurs des bois qui préfèrent la liberté des forêts aux contraintes maritales. L’intendant Talon, lui-même célibataire, ajoute comme peines supplémentaires, la privation d’honneurs civils ou religieux pour les récalcitrants.

L’histoire ne nous dit point quels sont les avertissements qu’il dût recevoir ou encore les amendes qu’il eut à payer pour le non-respect du règlement du 20 octobre 1670…

Ceci dit, le 8 juillet 1680, Robert Leclerc, alors âgé de près de trente ans, reprend le temps perdu, alors qu’il signe un contrat de mariage en présence du Notaire Gilles Rageot.

Ce contrat stipule qu’il est né le 7 décembre 1650 et qu’il est le fils de feu Jacques Leclerc et de feue Cécile Legrand, ses père et mère, de la paroisse de St-Éloy de Rouen, en Normandie. Sa future épouse Marie Jalais, est dite fille de feu Jean Jalais et de feue « Barthelmye Bissondy », de St-Martin de Ré, en Aunis. Marie Jalais, « Fille du Roi », était veuve de Jean Lauzet et mère de quatre enfants.  On note la présence de Claude Berman de la Martinière, Conseiller du Roi au Conseil Souverain, Pierre Denys de la Ronde et son épouse Marie Catherine Le Neuf, Jean Godefroy et son épouse Louise Le Neuf, Louis Lesage, Jacques Bédard, Jean Leboeuf et de plusieurs autres. Le mariage fût célébré à Québec le jour suivant.

Aux quatre enfants de Marie Jalais vinrent s’ajouter les dix enfants qui naquirent de ce mariage, dont six prirent époux et débutèrent les lignées ancestrales suivantes:

  • Jean Baptiste et Marguerite Pépin, 10 novembre 1704,  Trois-Rivières, Québec

  • Anne Marie et Mathurin Roy, 28 mai 1699, Charlesbourg, Québec

  • Pierre et Marie Angélique / Jeanne Basquin-dit-Bastien, 9 novembre 1712, Québec

  • Marie Françoise et Jean Brouillet-dit-Laviolette, 27 novembre 1707, St-François-de-Sales (Ile Jésus)

  • Louis et Élisabeth / Isabelle Basquin-dit-Bastien, 21 octobre 1715, Québec

  • Marie Marguerite et François Charlery-dit-Lavaleur, 28 novembre 1713, Québec 

Au recensement de 1716, de la ville de Québec, au 70 de la rue Sainte-Anne à Québec, on trouve Robert Leclerc, charpentier, âgé de 65 ans et Marie Jalais, sa femme, âgée de 60 ans. Aucun des enfants ne demeure plus avec eux. Par contre, sa fille Marie-Marguerite, épouse de François Charlery dit LaValeur, charpentier de métier, est sa voisine au numéro 71 de la rue Sainte-Anne. Robert  et son gendre François seront partenaires en affaires durant plusieurs années. Robert fut un des ancêtres pionniers qui vivra de son métier, toute sa vie durant, sans cultiver la terre.

Charpentier du Roi, de pères en fils…

 Ce fils de bourgeois exerça le métier de charpentier toute sa vie durant, et par le fait même fit couler beaucoup d’encre. Selon la coutume de l’époque, toute transaction d’importance était enregistrée sous forme d’acte notarié. Notre ancêtre était semble-t-il un homme d’affaires avisé; il devint rapidement maître charpentier et fût reconnu pour son travail acharné, et la qualité de ses travaux. Moins de cinq ans après son arrivée au pays, âgé tout juste de 21 ans, il signe un premier contrat notarié le 20 mars 1672, en présence du Sieur de La Martinière, concluant l’achat d’un terrain de quarante arpents avec dépendances appartenant à Vivien Jean et Isabelle Drouet, habitants du Bourg Royal. Cette pièce de terre était bornée d’un côté par une terre appartenant à Jean Boudreau et de l’autre côté par une terre appartenant à un dénommé Petit. Le 29 octobre 1673, il effectue la vente d’une habitation à Jean Boudreau, son voisin.

 Ce sont les premiers actes d’une longue liste de transactions notariées, dont certains sont répertoriés au Dictionnaire biographique des Ancêtres québécois 1608-1700, de Michel Langlois. Fait inusité, cet historien catalogue notre ancêtre sous le nom de « Robert Leclerc dit La Bécasse » (vol. 3 page 176); d’où lui vient ce surnom peu flatteur? Une recherche approfondie des registres et des actes notariés de la Nouvelle-France ne nous permet pas de découvrir la source de l’énigme; toutefois elle nous a permis de constater qu’un seul document mentionne ce sobriquet. Aux archives de la Prévôté de Québec, en date du 8 mars 1675, on lit ceci: « …présence de Robert LE CLERC le nommé LA BIGASSE… ». (voir la transcription des vol. 7 & 8 des registres civils de la Prévôté de Québec par Guy Perron, publié par Les Éditions historiques et généalogiques Pepin,  collection Notre patrimoine national no 312- Vol IV Vol 8 page 241).  Étant donné qu’il s’agit de la seule et unique mention de ce sobriquet concernant notre ancêtre, nous ne considérons pas qu’il s’agit ici d’un dit nom.

De 1680 à 1705, les minutiers des notaires Pierre Duquet, François Genaple, Louis Chambalon et Gilles Rageot mentionnent de multiples transactions entre Robert Leclerc et les habitants de Québec et de ses environs, généralement pour la construction de maisons et autres habitations du même genre.

En avril 1712, Robert Leclerc alors habitant de Québec, signe un contrat pour l’édification de la charpente de la nouvelle église de Trois-Rivières. Terminée en 1715, cette église fût détruite par le feu le 22 juin 1908. Son fils Jean Baptiste, lui aussi maître charpentier, avait élu domicile aux Trois-Rivières après son mariage avec Marguerite Pepin en 1704. Il est facile de croire dans les circonstances, que son fils Jean-Baptiste a lui aussi participé aux travaux de construction de cette église. Suite au décès de son épouse, Marie Jalais, en décembre 1721 à l’Hôtel-Dieu de Québec, Robert Leclerc règle ses comptes avec son partenaire en affaires, en l’occurrence son gendre, François Charlery dit LaValeur, et quitte Québec pour élire domicile chez son fils Jean Baptiste aux Trois-Rivières. Durant les dix années suivantes, il continue d’exercer son métier en compagnie de son fils Jean Baptiste, chez qui il décède le 5 juillet 1731. Ses funérailles eurent lieu le même jour à l’Immaculée-Conception, dans cette église dont il avait lui-même érigé la charpente à l’image de sa Normandie natale.    

Plusieurs de nos ancêtres exercèrent le métier de charpentier. Les meilleurs artisans du bois, après quelques années d’apprentissage, pouvaient devenir maître charpentier et  prendre à leur charge, des contrats de construction. Le titre de Charpentier Royal n’était octroyé qu’aux meilleurs d’entre eux. Au début du XVIIIe siècle, trois générations de Leclerc avaient obtenu le titre tant convoité de Charpentier Royal, soit l’ancêtre Robert Leclerc en 1722 à Québec, son fils aîné Jean Baptiste le 21 mars 1739 aux Trois-Rivières ainsi que le fils de ce dernier, Jean Baptiste, le 2 juillet 1740 à Trois-Rivières, en remplacement de son père décédé le 17 juin 1739.

Nombreux sont les descendants de cet ancêtre aujourd’hui. On les retrouve principalement en périphérie de la région montréalaise, dans les régions de la Mauricie, de l’Estrie et des Bois-Francs. Ils n’ont pas échapper à la migration américaine puisqu’on en retrouve bon nombre en Nouvelle-Angleterre et au centre des États-Unis.

Voyageurs de pères en fils…

Une étude généalogique approfondie effectuée par Paul Leclerc, un collaborateur de « L’Éclair généalogique », qui publia le résultat de ses recherches dans « Le Chaînon », bulletin trimestriel de la Société franco-ontarienne d’histoire et de généalogie, nous permet de constater que plusieurs descendants des différentes lignées issues de cet ancêtre, ont exercé le métier de voyageurs, trappeurs et de coureurs des bois, échelonné sur plusieurs générations. Évidemment, faire la traite des fourrures impliquait un contact quotidien avec les autochtones membres des Premières Nations; il fallait aussi s’adapter à leur mode de vie, leurs traditions et apprendre leur langue. Ce qui eut comme résultat que quelques uns d’entre eux unirent leur destinée à de jolies Indiennes.

Exceptionnellement, l’inverse se produit quelques fois. Ce fut le cas de  Geneviève Leclaire, fille de Nicolas, voyageur de métier, et d’Élisabeth Hébert.  Geneviève épouse Ignace Kataraterha, fils de François-Xavier Tehoniateken et Catherine Tsiawenhenhon, Iroquois de nation. Geneviève et Ignace sont les parents de François-Xavier Katarakenrat Leclair-dit-Beaudet qui épouse Marie-Anne Nitiohionha Mc-Gregor, le 28 janvier 1839, à la paroisse de Saint-François-Xavier du Sault-Saint-Louis; ils eurent trois fils, Joseph, François et Thomas, qui prirent épouses et perpétuèrent cette lignée Iroquoise.

Nos descendants à l’honneur…

À l’été de 1926, au numéro 15 du 12e rang de Princeville, dans la région d’Arthabaska, on érigea un monument en l’honneur de Robert Leclerc, bourgeois, et de son épouse Marie Jalais. Ceci pour honorer Édouard Leclerc, un de ses descendants, premier colon et fondateur du canton de Stanford (Princeville) en 1832.

Collaboration: Suzette Leclair  et Paul O. Leclerc/ L’Éclair généalogique

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